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L’Évangile selon Marie (BG 1)

Auteur(s)/Directeur(s):

Pasquier, Anne

Les Presses de l'Université Laval (Québec)
«Bibliothèque copte de Nag Hammadi [section «Textes»]», 10
1983
xii + 118 p.
ISBN: 2-7637-6994-2


L'Évangile selon Marie, comme plusieurs écrits gnostiques, s'inscrit dans la tradition des apparitions du Sauveur ressuscité. Dans cet évangile, le Sauveur transmet d'abord ouvertement son enseignement à ses disciples, puis secrètement à Marie Madeleine au cours d'une vision intérieure. Ceci provoque une réaction violente de Pierre qui refuse de croire que le Sauveur ait pu transmettre un enseignement à une femme, à l'insu de ses disciples. Cet évangile témoigne donc d'un conflit vécu à l'intérieur même d'un milieu chrétien au début de notre ère.

L'Évangile de Marie est le premier texte du papyrus de Berlin 8502 (BG 8502), acquis au Caire en 1896 et daté du début du Ve siècle de notre ère. Ce papyrus contient trois autres écrits: l'Aprocryphon de Jean, la Sagesse de Jésus-Christ et l'Acte de Pierre. L'Aprocryphon de Jean et la Sagesse de Jésus-Christ se retrouvent également dans la bibliothèque copte de Nag Hammadi. Les parties du texte que nous possédons sont assez bien préservées, mais les pages 1 à 6 et 11 à 14 manquent entièrement. L'Évangile de Marie est écrit en sahidique, un dialecte copte, mais la première rédaction aurait été faite en grec au cours du IIe siècle. Cette datation semble confirmée par un fragment grec, le papyrus Rylands 463 qui est daté du IIIe siècle et dont l'identité avec le texte copte a été confirmée.

Ce texte est divisé en deux parties, la première est constituée par la révélation du Sauveur, la deuxième, par la révélation de Marie. Malgré l'absence des pages 1 à 6, on peut présumer que la révélation du Sauveur occupait presque entièrement la première partie du texte. Le Sauveur y répond aux questions de ses disciples notamment sur le destin final de la matière. Le Sauveur répond à cette question et à une autre relative à Pierre (7,10) concernant la nature du péché du monde, en expliquant qu'il n'y a pas de péché inhérent au monde ou à la matière, mais que le péché pénètre le monde grâce à son association impropre avec l'esprit, et que le rôle du Bien est de séparer ces éléments. Le Sauveur quitte ses disciples après ces explications et une dernière exhortation (8,14-9,5). Après son départ, les disciples sont affligés et irrésolus. Marie intervient alors et, se référant à l'enseignement du Sauveur, les console et les encourage. Pierre demande ensuite à Marie de leur rapporter d'autres paroles qu'eux, les disciples du Seigneur, n'auraient pas entendues. La réponse de Marie est un discours de révélation, discours qui est déterminé par une vision du Sauveur (10,7).

L'enseignement de Marie, qui débute avec la description de cette vision, est également incomplet, car il manque les pages 10 à 15. Le discours reprend avec une explication sur les différentes fonctions des trois éléments de l'âme dans l'accès à la vision (pneuma, noûs, psyché), et se poursuit avec le récit des différents stades de l'ascension de l'âme et les réponses de chacune des puissances gardiennes des quatre cieux. Le récit se termine par la victoire de l'âme et son accession au repos dans le Silence.

La révélation de Marie suscite une réaction assez violente de la part d'André et surtout de Pierre, qui refuse cette fois de croire que le Sauveur ait pu transmettre son enseignement à une femme, à l'insu de ses disciples (17, 10-18, 5-21). Lévi intervient à son tour pour réprimander Pierre et témoigner de la préférence que le Sauveur accordait à Marie. Reprenant quelques-unes des paroles de l'exhortation finale du Sauveur, il invite enfin les disciples à proclamer l'Évangile. Finalement, ceux-ci se mettent en route pour annoncer et prêcher (19, 1-2).

Dans son introduction et son commentaire, le professeur Anne Pasquier, décrit le texte comme un exemple de la pensée gnostique et comme un révélateur des tensions existant entre les différentes communautés chrétiennes dans les premiers temps du christianisme. L'auteur établit un lien entre, d'une part, les thèmes principaux abordés par Marie Madeleine dans son discours, notamment l'ascension de l'âme dans les quatre cieux et la description des quatre puissances gardiennes de ces cieux et, d'autre part, les différents écrits gnostiques ainsi que des sources se trouvant dans le Nouveau Testament et particulièrement l'Épître aux Romains. Traçant également la tradition du conflit entre Pierre et Marie à travers d'autres écrits gnostiques, l'auteur démontre que les deux figures représentent deux traditions ecclésiastiques différentes: la première, incarnée par Pierre, est la tradition orthodoxe ou celle qui tend à le devenir. Cette tradition dénigrera l'autorité des révélations reçues lors de visions et interdira aux femmes toute participation active à l'intérieur de l'Église. L'autre, dont Marie est ici la figure symbolique, est légitimée avant tout par des révélations secrètes ou des visions et par une possible égalité entre les hommes et les femmes. Ces traditions ont aussi des approches théologiques différentes, notamment sur le thème de l'androgynie de Dieu qu'Anne Pasquier présente comme une des importantes croyances de certaines communautés gnostiques, et qui est mis en évidence dans l'Évangile selon Marie. L'auteur émet aussi l'hypothèse que le texte aurait subi quelques remaniements. Par exemple, la révélation de Marie, aurait peut-être été introduite ultérieurement dans le reste de l'écrit.

Le texte copte est accompagné par une traduction française, une introduction et un commentaire du professeur A. Pasquier. Le volume contient une bibliographie, quatre appendices qui traitent plus en détail des images clés du texte, un index copte et un index grec.

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   Retour à l'accueil   >   Nous joindre   >   Réalisation Dernière mise à jour : 30/06/2010