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Hermès en Haute-Égypte. Le Fragment du Discours parfait et les Définitions hermétiques arméniennes (NH VI,8.8a)

Volume
tome II

Auteur(s)/Directeur(s):

Mahé, Jean-Pierre

Les Presses de l'Université Laval (Québec)
«Bibliothèque copte de Nag Hammadi [section «Textes»]», 7
1982
566 p.
ISBN: 2-7637-6983-7


Dans son deuxième volume consacré à l'hermétisme, le professeur Mahé étudie le troisième texte hermétique du codex VI de Nag Hammadi qui est une traduction copte d'un extrait du Logos Teleios, ainsi qu'une notice de scribe et un texte jusqu'ici peu connu, les Définitions hermétiques arméniennes. Ce volume, reproduisant avec quelques corrections et remaniements la thèse de doctorat du professeur Mahé, est un travail ambitieux qui nourrit de nouvelles hypothèses sur les origines sociales et intellectuelles de la littérature hermétique. Il soutient également qu'une nouvelle approche des études hermétiques pourrait avoir des implications importantes pour les études gnostiques, consolidant et prolongeant ainsi le travail des professeurs Scott et Festugière. De ce volume d'une grande richesse, nous nous contenterons simplement de proposer une ébauche du contenu.

Avant-dernier et dernier texte du codex VI, la notice du scribe et le fragment du Discours parfait sont précédés des Actes de Pierre et des Douze Apôtres, de la Brontè, de l'Authentikos Logos, du Concept de notre Grande Puissance, d'un fragment de la République de Platon, de l'Ogdoade et l'Ennéade et de la Prière d'action de grâces. L'état de conservation du codex est variable et ces deux textes présentent quelques lacunes sur la plupart des feuillets. Tous deux sont rédigés en sahidique, un dialecte copte. Le Logos Teleios aurait été écrit en grec mais la date de sa composition est inconnue. La notice du scribe a été rédigée en copte et écrite par le même scribe qui a copié le reste du codex VI. La première publication moderne des Définitions hermétiques, préservées dans six manuscrits arméniens copiés entre le XIIIe et le XVIe siècle, eut lieu en 1956 et leur première traduction en langue française a été faite par le professeur Mahé en 1976. La traduction du présent volume constitue une révision de ce premier travail. La langue originale de ce texte aurait été le grec, et le professeur Mahé date cette traduction en arménien du milieu du VIe siècle.

La notice du scribe est assez brève. Pour le professeur Mahé, le scribe s'adresse à des interlocuteurs qu'il connaît pour poser une question précise, il déclare hésiter sur le texte qu'il convient de recopier, désirant s'informer d'abord des voeux et des besoins des futurs lecteurs. Après avoir analysé cette notice, il émet l'hypothèse que celle-ci fournit quelques explications sur la diffusion des écrits hermétiques, la date de leur traduction copte et sur les usagers de la Bibliothèque copte de Nag Hammadi.

Le texte grec en partie perdu du Logos Teleios, et traduit en latin dans l'Asclepius, correspond aux pages 152-200 du volume. La version latine est donnée avec le texte copte et sa traduction française. Ce texte, prétendument un dialogue entre Hermès Trismégiste et son disciple Asclépius, commence avec une surprenante comparaison très explicite entre une union charnelle et la transmission de mystères sacrés (65,35). Cette association est également présente dans le texte 7 du codex VI, mais de façon beaucoup moins explicite. Suit une discussion sur l'origine et la nature de l'homme. Dans cette discussion, les humains sont dits supérieurs aux dieux, parce qu'ils sont à la fois mortels et immortels. L'immortalité s'acquiert par l'apprentissage et la connaissance. Ce passage semble être une défense du culte des idoles.

Par la suite, l'Égypte est exaltée comme étant une image du ciel (70,4-5), mais le texte prédit de terribles choses pour cette terre. Le dialogue prend prétendument place dans un passé lointain. L'auteur utilise cette fiction pour donner son opinion sur des événements passés: la désacralisation de la terre d'Égypte et son abandon par les dieux (71,12-13). Dans le passage suivant, Hermès se lamente sur le monde qui deviendra bientôt un fardeau pour l'homme alors qu'il était une si belle chose (71,35-72,26). Cependant, après ces fléaux, une régénération du monde est à venir «et telle est la naissance du monde[....], le rétablissement des choses saintes et bonnes» (74,6-74,9). Le texte fini par la description du grand démon qui a été assigné «pour être inspecteur ou juge des âmes humaines» (76,24-20). En quittant son corps, l'âme monte vers le ciel où elle rencontre le grand démon. Si l'âme est bonne, elle pourra continuer son ascension, mais «les âmes qui sont entièrement remplies de méchanceté ne seront pas admises à circuler dans l'air, mais seront établies dans les lieux (relevant) des démons» et seront punies cruellement (78,24-27).

Les Définitions hermétiques sont, comme leur nom le suggère, une série de définitions et une brève discussion sur des concepts et des entités incluant la nature de Dieu, de l'âme, de l'homme, et de l'intellect. Dans sa structure, ce texte utilise une série de questions rhétoriques auxquelles il répond par des formules dogmatiques. Les idées y sont développées très souvent par association et par progression de mots-clés et d'images.

Dans sa discussion de l'hermétisme en général et de ces deux textes en particulier, le professeur Mahé couvre différents aspects et propose plusieurs hypothèses nouvelles, notamment sur les origines de l'hermétisme. Il soumet l'idée que la littérature hermétique était très bien structurée et que chaque sentence exprimait un concept fondamental ayant une structure et une interprétation propres. Cependant, quelles que soient ces sentences et les figures primitives de la sagesse employées, elles forment les bases pour toutes les spéculations hermétiques ultérieures. Pour le professeur Mahé, celles-ci, tantôt mythologiques, théologiques ou philosophiques, sont secondaires. Pour lui, elles résultent de traditions spéculatives et restent présentes dans tous les écrits ultérieurs. Sa démonstration de l'existence de ces sentences et son analyse de leur nature et de leurs fonctions s'appuie sur une impressionnante sélection de sources provenant aussi bien de la littérature ancienne de sagesse égyptienne que des textes bibliques, en passant par la rhétorique hellénistique et les textes de Nag Hammadi. Le professeur Mahé discute également du contenu eschatologique du Logos Teleios dans le contexte des nombreux matériaux eschatologiques trouvés à Nag Hammadi. Cela lui permet d'étendre sa discussion à l'intérêt que ce matériel avait pour les lecteurs de la Bibliothèque copte de Nag Hammadi pour soutenir que celui-ci résidait dans des éléments ascétiques, eschatologiques et dans le caractère de révélation de ces textes.

Ce volume contient les textes cités ci-dessus, leur traduction française, leur introduction et leur commentaire. Il contient également un index copte et un index grec, une importante bibliographie des ouvrages anciens et modernes et une introduction générale. Le professeur Mahé a également ajouté un complément et des corrections au volume Hermès en Haute-Égypte, Tome I.

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